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Faut-il des agences AEO ? Pourquoi le contenu n'a jamais été la vraie valeur du SEO

Dans une analyse au vitriol, le consultant Eli Schwartz estime que la plupart des agences SEO se contentent de rebaptiser leurs équipes contenu en « spécialistes AEO » sans rien changer à leur modèle. Selon lui, l'IA générative vient de rendre visible une faiblesse ancienne : le contenu n'a jamais été la vraie valeur ajoutée d'une agence, c'était la croissance. Décryptage d'un débat qui secoue tout l'écosystème du référencement.

Un modèle d'agence hérité de l'ère pré-IA

Dans sa newsletter Product-Led SEO, le consultant Eli Schwartz dresse un constat sévère : la plupart des agences SEO (Search Engine Optimization, référencement naturel) ne seraient « pas honnêtes avec leurs clients ». Leur modèle historique reposait sur une mécanique bien rodée : des équipes de rédacteurs, salariés ou freelances, produisant en série des articles courts ciblant des mots-clés de longue traîne. L'essentiel de la marge des agences provenait de cette production, revendue avec une majoration de 50 à 100 % par rapport à son coût réel.

Face à l'arrivée de l'IA générative, beaucoup de ces agences se seraient contentées, selon Schwartz, de renommer leurs équipes contenu en « spécialistes AEO » (Answer Engine Optimization, l'optimisation de la visibilité dans les moteurs de réponse comme ChatGPT ou Perplexity). Le travail resterait identique : on a simplement remplacé le mot « mot-clé » par « prompt », en pariant sur le fait que le client ne verrait pas la différence.

Le contenu n'a jamais été la vraie valeur

Le cœur de l'argument est là : le contenu n'a jamais été ce que les clients achetaient réellement. Une équipe interne a toujours pu recruter et piloter des rédacteurs freelances. Ce que le client payait, c'était une promesse de croissance. Mais la croissance étant difficile à cadrer contractuellement, les agences ont fait du contenu le livrable : « vingt articles par mois, briefés, rédigés, livrés » est bien plus simple à vendre qu'un objectif de croissance ambigu. Les guest posts (articles invités publiés sur des sites tiers pour obtenir des liens) relevaient de la même logique.

Pour mesurer les progrès, les agences s'appuyaient sur des tableaux de bord de positions dans Google. Tant que les indicateurs étaient au vert, l'agence conservait le compte ; quand ils viraient au rouge, elle était remplacée par une autre promettant de meilleurs dashboards. La stratégie, censée être la véritable valeur sous-jacente, n'a jamais eu à être démontrée, puisque le contenu comptable et visible faisait office de preuve de travail.

L'IA rend cette faiblesse impossible à cacher

Avec les grands modèles de langage (LLM), ce livrable central perd sa valeur. Schwartz est direct : n'importe qui disposant d'un accès à Claude peut produire, quasi automatiquement, des articles plus étoffés que ce qu'une équipe d'agence typique livre en un trimestre. C'est ce qui explique, selon lui, la multiplication des témoignages d'entreprises qui remercient leur agence pour la remplacer par un abonnement IA à 20 dollars par mois.

Sa conclusion est radicale : une entreprise qui paie en 2026 une agence uniquement pour produire des billets de blog paie un service moins différenciant qu'un abonnement à un LLM. Pour survivre, les agences doivent cesser de vendre du contenu — et les clients doivent exiger autre chose.

Ce que l'agence de demain devrait vendre

La stratégie comme livrable principal

Pour Schwartz, la stratégie doit devenir l'actif central vendu par les agences. Une vraie stratégie consiste à comprendre pourquoi une entreprise, avec son ICP (Ideal Customer Profile, profil de client idéal), doit occuper la visibilité sur des problématiques que ses concurrents n'ont pas encore identifiées. Cela exige une compréhension profonde du client final, du produit et des « jobs-to-be-done » (les tâches réelles que les utilisateurs cherchent à accomplir).

Les équipes internes disposent souvent des matières premières — données de support client, retours produit, études de marque — mais ne savent pas les transformer en stratégie exécutable. C'est précisément ce travail difficile qui justifie de faire appel à une agence, laquelle apporte en outre un accès immédiat à des talents, de la flexibilité, et des enseignements tirés de multiples comptes qu'aucune équipe mono-entreprise ne peut accumuler.

Les relations presse, nouveau levier de visibilité dans les IA

Le second axe identifié est le travail de RP (relations presse) authentique — que la plupart des agences SEO n'ont jamais réellement pratiqué, se limitant à l'achat de liens. Or les moteurs de réponse construisent leurs réponses à partir de sources ayant un historique de citations crédibles : le signal qui gagne la confiance d'un journaliste est le même que celui qui alimente un LLM.

Être mentionné dans la réponse d'une IA exige la même chose qu'être cité dans un grand média : qu'un tiers crédible ait décidé que votre marque méritait d'être citée. Cela ne se simule pas avec un audit technique. Cela se gagne en étant la source qu'un journaliste consulte, le dirigeant dont les propos valent d'être cités, ou l'entreprise dont les données sont reprises parce qu'elles sont réellement utiles.

À quoi ressemble cette agence du futur

L'agence décrite par Schwartz n'emploie plus de rédacteurs — ou alors pour du reportage original et de la recherche client, pas pour produire des articles bourrés de mots-clés que personne ne lira. Ses livrables sont des stratégies, des plans d'exécution et des analyses de performance. Sa valeur se mesure à ses relations avec les journalistes et les analystes, à la manière d'une agence RP, car ces relations déterminent désormais directement si un modèle d'IA considère une marque comme une source fiable sur un sujet. Elle coache aussi les experts internes du client pour qu'ils s'expriment publiquement, leur parole authentique valant plus pour la visibilité qu'une production de contenu générique.

Avis Tuesday

Nous partageons le diagnostic de fond : vendre du contenu au poids n'a plus de sens à l'ère des LLM, et c'est pourquoi Tuesday aborde le GEO comme un travail de stratégie, de crédibilité et de données, pas comme du SEO repeint. En revanche, il faut nuancer la charge : le contenu reste utile quand il est adossé à une vraie expertise métier, à de la donnée originale et à une architecture technique saine — trois choses qu'un abonnement IA seul ne fournit pas. Notre recommandation aux DSI et directions marketing : exiger de leurs prestataires des livrables stratégiques et des indicateurs business, pas des volumes d'articles ni des dashboards de positions.

Pour aller plus loin · Nos expertises

Ce signal touche plusieurs de nos expertises.

Stratégie digitale & webmarketing SEO & GEO Acquisition & contenus
Julie D.
Responsable veille Julie D.

Responsable de la veille digitale chez Agence Tuesday. Décrypte les tendances tech, IA et marketing pour en tirer des enseignements concrets.

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