Nous avons refondu le site de Tuesday avec une IA : retour d'expérience complet
Peut-on confier la refonte complète d'un site web à une intelligence artificielle ? Pour le savoir, Tuesday a mené l'expérience sur son propre site : identité visuelle, maquettes, développement Drupal et optimisations, le tout réalisé avec Claude. Voici le déroulé du projet, ses résultats et surtout ses limites.
Une démarche de R&D : pousser l'IA au bout d'un projet réel
Plutôt que de théoriser sur les capacités de l'intelligence artificielle en production web, l'équipe Tuesday a choisi de l'éprouver sur un cas concret et engageant : la refonte de son propre site. L'objectif de cette démarche de R&D (recherche et développement) était simple : mener un projet digital de A à Z avec une IA, du design au code, pour en mesurer précisément les avantages et les limites.
Le choix de l'outil s'est porté sur Claude (l'assistant IA d'Anthropic), utilisé sous ses différentes formes : Claude en version standard pour les itérations créatives, Claude design pour la déclinaison des maquettes, et Claude Code, l'outil d'Anthropic dédié au développement, pour la construction technique du site.
Côté technologie, le site a été développé sur Drupal, un choix délibéré : c'est l'environnement que l'agence maîtrise le mieux depuis 15 ans. Travailler sur un terrain parfaitement connu permettait de juger objectivement la qualité du travail produit par l'IA, là où un sujet mal maîtrisé aurait rendu l'évaluation impossible.
Étape 1 : identité visuelle et design avec Claude
Le projet ne partait pas de zéro : un travail préalable d'audit, de wireframes (maquettes fonctionnelles simplifiées) et de nouvelle identité avait été entamé, sans avoir abouti. C'est ce socle qui a été repris avec Claude en version standard, pour itérer sur un nouveau logo, une identité visuelle et une maquette de page d'accueil.
Une fois cette direction créative validée, le relais a été passé à Claude design pour décliner l'ensemble des templates (gabarits de pages) du site à partir de la maquette de référence.
Un budget et des délais très resserrés
- Budget : une licence à 20 € complétée par 50 € de crédits supplémentaires.
- Temps : environ deux jours pour l'ensemble de la phase design.
Pour une phase qui mobilise habituellement plusieurs semaines de travail entre directeur artistique, UX designer et allers-retours de validation, le gain de temps est spectaculaire — à condition, on le verra, qu'un œil expert pilote et valide chaque itération.
Étape 2 : le développement Drupal avec Claude Code
La phase technique a commencé par la mise en place d'un environnement de développement local avec DDEV (un outil open source qui permet de faire tourner un site en local dans des conteneurs). Point notable : la personne aux commandes ne savait pas installer DDEV, et c'est Claude lui-même qui a expliqué la procédure pas à pas.
Une fois Claude Code connecté à cet environnement, l'IA a pris en charge l'installation de Drupal, du thème, des modules, et l'ensemble de la construction du site.
Des premiers résultats catastrophiques
Volontairement, les prompts (instructions données à l'IA) de développement ont été peu cadrés au départ, pour observer ce que l'IA produit livrée à elle-même. Le verdict a été sans appel : les premières versions étaient catastrophiques. Site non administrable, problèmes de performance, failles de sécurité... autant de défauts qu'un utilisateur non expert n'aurait probablement pas détectés, tant le résultat pouvait sembler fonctionnel en surface.
Le recadrage par l'expertise : la clé du résultat
C'est à force d'itérations et de recadrages successifs que le résultat a pris forme, notamment en alimentant Claude avec les documentations sur les bonnes pratiques de codage Drupal. L'IA sait corriger, mais encore faut-il savoir quoi lui faire corriger : c'est là que 15 ans d'expertise Drupal ont fait toute la différence.
En environ une semaine de travail, le site approchait déjà de sa version finale. Fait révélateur, et fidèle à ce qu'on observe sur la plupart des projets digitaux : c'est le contenu qui a demandé le plus de temps, bien plus que la technique.
La qualité de l'IA n'est pas seulement déterminée par le modèle. Elle dépend aussi du système de contraintes, de documentation, de contrôle et de validation qu'on construit autour de lui.
Une grande partie de la fin du projet a été consacrée à la performance
Nous aurions pu nous arrêter beaucoup plus tôt.
Le site fonctionnait.
Mais « fonctionner » et être réellement prêt pour la production sont deux choses différentes.
Nous avons donc consacré de nombreuses itérations aux performances front-end, au chargement des ressources, au rendu, au SEO technique et aux différents problèmes identifiés par les outils d'audit.
Les résultats obtenus sur le site mis en ligne sont particulièrement élevés.
GTmetrix : 98 % en performance
Lighthouse confirme un niveau de performance élevé
Le second audit affiche :
- Performance : 97/100
- Accessibilité : 95/100
- Bonnes pratiques : 100/100
- SEO : 100/100
- First Contentful Paint : 0,4 s
- Largest Contentful Paint : 1,2 s
- Total Blocking Time : 10 ms
- Cumulative Layout Shift : 0
Pour donner un ordre de grandeur, Google considère qu'un LCP inférieur ou égal à 2,5 secondes se situe dans la catégorie « bon » et qu'un CLS inférieur ou égal à 0,1 correspond à une bonne stabilité visuelle.
Nos mesures de laboratoire sont donc très largement sous ces seuils.
Cela ne signifie pas que « le SEO est réglé » ni que tous les utilisateurs bénéficieront exactement de ces temps : les performances réelles dépendent notamment du terminal, du réseau et des conditions d'utilisation.
Un Health Score Ahrefs de 100
Le crawl Ahrefs affiche également un Health Score de 100.
Il faut là aussi interpréter correctement ce chiffre.
Un Health Score Ahrefs de 100 ne signifie pas que le site sera premier sur Google. Il indique que l'audit n'a pas identifié d'erreurs techniques sur les URL internes prises en compte dans ce crawl.
C'est néanmoins un bon indicateur de la qualité technique obtenue à l'issue des différentes itérations.
Et surtout, ces résultats permettent de casser une idée reçue : un site dont une part importante du code a été produite par une IA n'est pas nécessairement condamné à être lent ou techniquement médiocre.
En revanche, notre expérience montre qu'il ne devient pas performant simplement parce qu'il a été généré par une IA.
Le résultat final a nécessité beaucoup de contrôle et de corrections.
Ce que l'IA nous a réellement fait gagner
À l'issue de cette expérimentation, plusieurs avantages sont difficiles à contester.
1. Une vitesse d'exécution spectaculaire
L'IA peut produire en quelques minutes des variantes qui auraient auparavant nécessité des cycles de réalisation plus longs.
Cela change profondément la phase d'exploration.
2. Une capacité à itérer quasiment sans friction
Une modification n'implique plus nécessairement de repartir dans un nouveau cycle de production.
On teste. On compare. On abandonne. On recommence.
3. L'accès à des compétences techniques adjacentes
L'IA permet à quelqu'un qui comprend un environnement technique sans maîtriser chacune de ses commandes d'aller beaucoup plus loin de manière autonome.
4. Une accélération très importante du développement
Une fois correctement cadré, Claude Code est capable d'enchaîner des tâches de développement, de correction et d'optimisation avec une vitesse impressionnante.
Mais elle crée aussi un nouveau risque : faire confiance à un résultat que l'on n'est pas capable d'évaluer
C'est là que notre expérience devient beaucoup plus intéressante qu'une simple démonstration de création de site par IA.
L'IA est extrêmement convaincante, y compris lorsqu'elle se trompe.
Un non-développeur peut regarder une page générée et conclure que le développement est terminé.
Un développeur Drupal peut voir immédiatement que le même résultat repose sur de mauvais choix d'architecture.
Le problème existe en design, en SEO, en sécurité, en accessibilité, en juridique ou en stratégie.
Plus l'IA devient performante, plus ce risque augmente paradoxalement : ses erreurs deviennent moins visibles.
Faut-il alors créer son site avec Claude Code ?
Notre réponse après cette expérience est : oui, mais pas seul.
Claude Code peut devenir un outil de production extrêmement puissant.
Claude Design peut considérablement accélérer l'exploration et la déclinaison graphique.
Les modèles conversationnels permettent de challenger, documenter, analyser et expliquer.
Mais aucun de ces outils ne supprime la nécessité d'avoir une personne capable de dire :
« ce résultat est bon » ou « ce résultat est dangereux ».
C'est probablement ainsi que nous voyons évoluer notre métier : moins de temps passé à exécuter mécaniquement certaines tâches.
Plus de temps consacré à :
- définir la bonne architecture ;
- poser les bonnes contraintes ;
- contrôler la qualité ;
- challenger les propositions ;
- sécuriser le projet ;
- arbitrer ;
- apporter une expertise métier.
Notre conclusion : l'IA est un excellent assistant d'un expert.
Cette refonte a changé notre manière de regarder les outils de développement assisté par intelligence artificielle.
Nous étions partis pour tester jusqu'où pouvait aller Claude.
Nous avons finalement surtout identifié la condition nécessaire pour qu'il aille loin : l'expertise humaine qui l'encadre.
Sur un domaine que l'on maîtrise, l'IA est un formidable accélérateur.
On identifie rapidement une mauvaise décision, on corrige une architecture, on demande une autre approche et on utilise l'IA pour exécuter beaucoup plus vite.
Sur un domaine que l'on ne maîtrise pas, la situation est très différente.
L'IA peut produire quelque chose qui semble cohérent, fonctionnel et professionnel alors que des problèmes importants existent sous la surface.
Et dans le cadre d'un site web destiné à la production, les conséquences peuvent concerner la sécurité, le SEO, les performances, l'accessibilité, la maintenabilité ou simplement la capacité de l'entreprise à administrer son propre site.
Notre conviction après cette expérimentation est donc assez simple : l'IA ne rend pas l'expertise inutile. Elle rend l'expertise encore plus productive.
Mettre en production sans contrôle expert un projet généré par IA nous semble aujourd'hui être une très mauvaise idée.
En revanche, mettre Claude Code entre les mains de quelqu'un capable de challenger chacune de ses décisions change déjà radicalement la manière dont un projet digital peut être conçu et développé.
- Tuesday a refondu son propre site Drupal de A à Z avec Claude : design en 2 jours , version quasi finale du site en une semaine.
- Sans cadrage expert, les premières versions générées par l'IA étaient catastrophiques : site non administrable, problèmes de performance et de sécurité.
- C'est le recadrage itératif avec les bonnes pratiques Drupal qui a permis d'atteindre d'excellentes notes sur les indicateurs de performance et de SEO.
- L'IA est un formidable assistant pour un expert, mais mettre en production un projet IA non vérifié par un spécialiste serait dangereux.
Cette expérimentation confirme notre conviction : l'IA ne remplace pas l'expertise, elle la démultiplie. Pour nos clients, cela signifie des projets potentiellement plus rapides et plus efficients, mais à une condition non négociable : que l'IA soit pilotée, vérifiée et corrigée par des experts du métier et de la technologie concernée. Se laisser séduire par un livrable IA « qui a l'air propre » sans audit expert est aujourd'hui l'un des plus gros risques que nous voyons émerger sur les projets digitaux.
Questions fréquentes
Quel outil d'IA a été utilisé pour cette refonte ?
Claude, l'IA d'Anthropic, sous trois formes complémentaires : Claude en version standard pour itérer sur le logo, l'identité et la maquette de homepage, Claude design pour décliner tous les templates, puis Claude Code pour le développement Drupal.
Combien a coûté la phase de design réalisée avec l'IA ?
Environ 70 € au total : une licence à 20 € et 50 € de crédits supplémentaires, pour environ deux jours de travail sur le logo, l'identité visuelle et l'ensemble des maquettes.
Combien de temps a pris le développement du site avec Claude Code ?
En environ une semaine de travail, le site approchait de sa version finale, mais il a fallu ensuite environ 3 semaines d'optimisations. Comme souvent sur les projets digitaux, c'est le contenu qui a demandé le plus de temps, davantage que la technique.
L'IA a-t-elle produit un site de qualité du premier coup ?
Non. Avec des prompts volontairement peu cadrés, les premiers résultats étaient catastrophiques : site non administrable, problèmes de performance et de sécurité. C'est le recadrage itératif par des experts Drupal, appuyé sur les documentations de bonnes pratiques, qui a permis d'aboutir.
Pourquoi avoir choisi Drupal pour ce test ?
Parce que c'est l'environnement que Tuesday maîtrise depuis 15 ans. Travailler sur un terrain parfaitement connu permettait de juger objectivement la qualité du code et des choix produits par l'IA.
Peut-on confier la refonte de son site à une IA sans accompagnement ?
C'est fortement déconseillé. L'expérience montre que l'IA semble faire du bon travail aux yeux d'un non-expert alors que le résultat peut cacher de graves défauts. Mettre en production un projet non vérifié et corrigé par un expert serait dangereux.
Quels sont les résultats en performance et en SEO du site refondu ?
Après une phase d'optimisation dédiée en fin de projet, le site affiche d'excellentes notes sur tous les indicateurs de performance et de SEO mesurés.
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